Tu peux ne pas …

2005. Je reprends du service à l’école Florent. J’hérite de la classe d’Angélique Charmey, traditionnellement très prisée, le groupe dépasse la trentaine, ce qui est énorme pour un stage cinéma. Pour ne rien arranger, une jeune fille vient me demander au début du cours si elle peut ajouter son nom à la liste. Elle s’appelle Ina Mihalache. Elle est canadienne ; plus précisément, fille d’un expatrié roumain et d’une québécoise. Bien m’en a pris d’accepter. Exercice de casting : je tombe instantanément sous le charme de sa singularité et de sa photogénie. Je note dans un cahier : « Petite merveille ».

2006. Le talent d’Ina n’est pas seulement d’actrice. Sa plume est tranchante, elle aime les mots, les manie avec une virtuosité aristocratique ; son style est aussi singulier que sa personnalité. Nous échangeons quelques courriers électroniques. Elle me demande si j’ai des projets, je lui parle de « La résurrection d’Emilie », un scénario de long-métrage que j’ai écrit au Moulin d’Andé grâce à l’octroi d’une résidence, dont il me reste un crédit à consommer. Nous décidons de nous y retrouver ensemble, pour ré-écrire le scénario de fond en comble, à quatre mains.

2007. Rebaptisé « La vie des ventres sourds », le scénario est bouclé en deux semaines. Au même moment, Ina est sélectionnée par Mathieu Amalric pour participer au court-métrage qu’il doit réaliser pour les Talents Cannes 2007. Ce sera Deux cages sans oiseaux, avec Antoine Gouy. J’ai envie moi aussi de filmer Ina, et vite. Elle me propose un sujet, quatre pages qui forment plus un programme qu’un véritable scénario. Elle se frotte à lui. Ils sont aussi acteurs. Nous approchons Martin Douaire, son partenaire pour le concours d’entrée au Conservatoire, et Jean-Pierre Garnier, qui dirige la Classe Libre au Cours Florent. Tournage à l’Ecole dans la grande salle de la rue Archereau, dans les rues du 6ème arrondissement, dans la chambre d’Ina rue Mazarine, et dans un couloir d’Arane, devant la porte de la salle de projection. Le fidèle Vincent Lapin Jeannot nous prête main forte.

Je suis censé monter le film seul. Mais les circonstances confrontent Ina aux rushes, qu’elle commence à manipuler. Je trouve le résultat tellement probant qu’il n’est plus question d’autre chose : c’est elle qui montera le film.

Il est achevé chez Mikros à la fin de l’année, mixé chez Yellow Cab, puis projeté avec « Deux cages sans oiseaux » au Max Linder, en février 2008.

Il est sélectionné à l’Inconnu Festival, aux Rencontres de Cerbère, et au festival d’Aix-en-Provence.