Le passé recomposé

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2005. Le Pôle Image Haute Normandie, associé à l’antenne régionale de France 3, lance un concours pour valoriser le fonds de la Mémoire Audiovisuelle, des images d’archives privées, collectées auprès de familles qui ne savaient que faire de ces vieilles bobines de film, ou qui, conscientes de leur valeur, souhaitaient les mettre à l’abri.

Au moment où le concours est lancé, je travaille avec l’écrivain et scénariste Christian Clères. J’ai écrit l’adaptation de l’un de ses scénarios de court-métrage, Les gamins (déposé sans succès au CNC), et je lui ai confié l’amorce d’un long, intitulé Le Jardin des Oliviers, que je n’arrive pas à finir seul. Le concours arrive comme une évidence : nous décidons de répondre ensemble, associés à Antoine Martin pour la production.

Pour moi, c’est clair : il faut proposer une fiction. Adolescent, j’aimais raconter des histoires en partant de photos, choisies et juxtaposées au hasard. Un tel exercice était déjà à l’origine du scénario du Mariage de Fanny. Christian s’enthousiasme. Il a très vite l’idée géniale qui sera l’argument de la série : l’histoire de Paul Hervé, né sous X, qui hérite d’une boite contenant des vieilles bobines de film. Nous nous associons avec Frédéric Norel, violoniste et compositeur que j’ai croisé furtivement au Moulin d’Andé lors de ma résidence d’écriture sur La résurrection d’Emilie. Frédéric crée le thème qui deviendra celui de toute la série. Je monte un épisode de 3 minutes à partir des images données par le Pôle comme exemple du contenu de la Mémoire Audiovisuelle ; à peu de chose près, c’est le premier épisode tel qu’on peut le voir aujourd’hui. Nous gagnons le concours.

Presque un an va passer en palabres. Michel Chiche (France 3 Normandie) hésite sur le format. D’abord commandé sous la forme 3 x 26 minutes, le projet doit être ré-écrit en 24 x 3 minutes, sous forme de feuilleton. Antoine peine sur le montage financier, l’utilisation massive d’images d’archives n’étant pas du tout favorisée par le CNC, la série de formats courts, encore moins. Pendant ce temps, Christian visionne des archives à tour de bras dans les caves du Pôle Image, guidé par la documentaliste Agnès Deleforge. De mon côté, je travaille sur les finitions du Plaisir d’exister, et j’avance sur le montage de Charles de Gaulle.

Fin septembre 2006, un premier squelette de scénario est prêt, et le montage va pouvoir commencer. Je m’y atèle frénétiquement : la série doit absolument être finie avant Noël. Je commence à monter seul, en construisant les épisodes sur les textes fournis par Christian. Ça marche, mais parvenu à la fin de l’épisode 7, un point dur apparait. Christian a écrit l’histoire grossièrement – pensant que nous la finirions à quatre mains – mais surtout, rétroactivement, à partir de cet épisode : Paul commence à raconter la vie d’Yvonne, au lieu de continuer son enquête fébrile. Or Antoine, Michel et moi pensons que c’est une erreur, qu’il faut continuer sur le mode chronologique pour ménager un suspense jusqu’au bout.

Par ailleurs, ses textes utilisent les images sur un mode purement illustratif. Je défends l’option contraire : c’est l’image qui doit nous guider. Il faut raconter l’histoire avec ce qu’il y a dans les images d’abord, et écrire le texte en fonction de cela. Malentendus, embrouilles, le temps passe et nous restons en panne. Je décide alors sans ménagement de prendre en charge l’écriture en plus du montage, sentant que nous risquons l’impasse et sous la pression de la deadline. Pour ne rien arranger, la sélection d’images faite par Christian s’avère très insuffisante : je fonce à la Mémoire Audiovisuelle, et avec l’aide précieuse d’Agnès, je dégotte en quelques jours de quoi finir la série.

A la cadence d’un épisode par jour, j’écris, j’enregistre les textes et je monte, pour envoyer le résultat par internet à Antoine, à Christian et surtout à Frédéric, qui m’en renvoie quelques jours plus tard la bande-son synchrone, musique et bruitage. Magnifique travail, précis et inspiré, toujours remis sur le métier quand je le lui demande ou que cela s’impose : un rêve de collaboration.

Christian a continué jusqu’au bout à participer à l’élaboration des épisodes. C’est notamment à lui que nous devons le twist ophtalmologique de l’épisode 23. Et c’est Antoine qui me suggère le coup de théâtre final, mélodramatique à souhait.

Parvenu à la fin, je revisite les premiers épisodes pour les rendre plus cohérents avec la suite. Christian s’en offusque, se sentant de plus en plus dépossédé du projet. Les débats entre nous s’enveniment. A la fin de l’épisode 24, la citation de La Fontaine, à laquelle je tiens beaucoup, le met hors de lui. C’est devenu une querelle de fond autant que de forme, deux styles s’affrontent, et, soutenu par Antoine, j’ai le dernier mot.

Michel Chiche, emballé par le résultat, propose une rallonge pour nous permettre d’embaucher un acteur connu qui sera chargé de la voix off. Le choix est rapidement arrêté sur André Dussollier. L’enregistrement se fera en catastrophe, entre un tournage et une répétition de l’acteur, en 4 heures seulement (pour 56 pages de texte), dans un studio minuscule où l’air sec use un peu plus la voix d’André à chaque prise, et en l’absence de Christian qui n’est pas invité.

En plus du recalage des voix d’André à la place des miennes, je suis chargé de monter la version 3 x 26 minutes, et une version longue d’un seul tenant, peu convaincante vu le mode d’écriture de la série et la succession de cliffhangers toutes les 3 minutes… Avec Christian, le Rubicon est franchi lorsque je décide, excédé, de signer les 3 x 26 minutes « un film de Olivier L. Brunet », lui s’estimant co-réalisateur de plein droit. Menaces de procès, conciliation, j’accepte finalement que la mention « réalisation » remplace « un film de », bien que je ne sois pas crédité comme co-scénariste. Je doute que nous finissions jamais ensemble Le Jardin des Oliviers, mais qui sait.

Triste fin, mais gros succès d’estime : après une projection quasi-triomphale dans la grande salle du Gaumont de Rouen, en présence de quelques unes de ses « stars » involontaires, la série sera diffusée 4 fois sur France 3 Normandie en 2 ans, mais sans passer le cap du national, faute d’un format éligible. Elle recevra le prix du meilleur film au festival Mémorimages de Reus en Espagne. Son plébiscite dans le cadre de Télémaques – Savoir au présent me permettra d’aller la présenter dans de nombreux collèges d’Ile-de-France au printemps 2009. Mais aucune sortie DVD n’est prévue, faute de moyens. Les droits d’exploitation n’ont pas été négociés, ni avec les ayant-droits des images d’archives, ni – et surtout – avec l’agent rapace de Dussollier. C’est donc ici l’unique endroit pour avoir une chance de voir la série.

Un détail rigolo : nous avions d’emblée décidé qu’il n’y aurait pas de méchant, pour respecter la mémoire ou la personne des silhouettes bien réelles sur lesquelles nous allions laisser notre imagination délirer. Mais il en fallait quand même un, sans lequel l’histoire eut été fade : le père autoritaire, Georges Montorin. On ne voit d’abord que son ombre en mouvement, mais son visage manquait. J’ai fouillé dans les archives photographiques de la famille d’Annick, et finalement, c’est son grand-père paternel qui hérita du rôle, avec l’accord amusé de son fils, mon beau-père.

4 réponses à Le passé recomposé

  1. B. dit :

    Merci et bravo pour ce travail de fourmis qui m’a redonné l’envie de revoir toutes mes vidéos en super 8 tourné durant mon enfance…

    Maintenant il me reste à me mettre au montage du film de ma vie…!

    Bonne continuation et en espérant que j’ai la chance de pouvoir voir d’autres réalisations aussi bien faites très vite.

    Eric B.

  2. admin dit :

    Merci. Je suis ravi ! Mon projet « Choisir son camp » est dans le même esprit, j’espère pouvoir très vite le mettre en chantier. Très cordialement. OB

  3. Lecat dit :

    Bonjour,
    J’ai déjà vu la série du Passé recomposé mais il me plairait de pouvoir la revisionner.
    C’est une réappropiation intéressante des films de famille.
    Ce travail permet de mettre en valeur ces éléments d’archives et de créer une nouvelle oeuvre par la même occasion.
    Je souhaite pouvoir parler de cette série dans mon travail.
    Cordialement Julie.L

  4. admin dit :

    Joignez-moi par mail (obrunet@mac.com), je vous donnerai un code d’accès.
    Bien à vous, OB

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