La moitié du paradis

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2008. Dans les Hautes-Alpes, l’abbaye de Boscodon, chef d’œuvre de l’architecture romane, a été restaurée pendant plus de 40 ans par une communauté dominicaine singulière, menée par les figures de Sœur Jeanne Marie et du frère Isidore Dalla Nora.

« Ici, c’est la moitié du paradis. Pour l’autre moitié, il faut attendre un petit peu. » C’est vraiment de cette façon que nous fûmes accueillis par Isidore, Ina et moi, à notre arrivée en repérages à Boscodon, fin janvier 2008. Le film devait s’intégrer dans un triptyque consacré à « ces lieux qui parlent de Dieu », avec la cathédrale de Chartres et le Mont Saint Michel. Arnaud de Coral, content de ma première expérience pour Le Jour du Seigneur (Naître de nouveau), m’avait aussitôt proposé ce sujet en or. Car la beauté des lieux et la singularité du personnage promettaient une belle expérience de filmage.

Malheureusement, entre notre première visite et mon retour au printemps pour le tournage proprement dit, Isidore fit une chute dans le torrent qui longe l’abbaye, en voulant y précipiter la dépouille pétrifiée d’un renard mort en sectionnant avec ses dents un gros câble électrique. Cet accident, qui s’additionnait à un anévrisme et une silicose, le diminua considérablement, et beaucoup de sa faconde, de son humour et de sa légendaire vivacité ne pouvait plus être capté. Je décidai alors de m’attacher à égalité à la personnalité de Sœur Jeanne Marie, et d’utiliser une partie des rushes tournés durant la préparation afin de montrer un Isidore encore vaillant.

Je passai beaucoup de temps à placer mes deux caméras sur pied afin de réaliser les plans de l’abbaye en pixillation, les levers et couchers de soleil.

Début mai, Nicolas Brabetz et sa Litecam® me permirent de faire d’autres plans spectaculaires à la grue, et j’obtins d’Annie Nicolas, la directrice de production, assistée d’Alexandra Maurin, l’accord pour acquérir les droits de « Articulate Silences Part 1 & 2 » des géniaux Stars of the Lid, bande-son idéale pour les accompagner. Ainsi nous avons pu échanger quelques mails loufoques avec Adam Wiltzie, l’une des deux têtes pensantes des Stars, bruxellois d’adoption, dont le français irrésistiblement approximatif nous offrit quelques crises de fou rire.

Une amitié naquit avec Jeanne Marie (originaire de Déville, dans la banlieue de Rouen, ce qui nous rapprocha d’emblée), et me suggéra l’idée d’un autre film, plus ambitieux, qui se révéla vite irréalisable. Arnaud me proposa de coproduire un « grand entretien » avec elle, et ce fut Le regard qui fait vivre, tourné en 2009, après le décès d’Isidore.