La bataille de France

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2005. Ceci n’est pas un film. Comme Choisy-le-Roy, 1949, il s’agit d’un exercice réalisé dans le cadre du Cours Florent. En 2004, un concours de scénario a été lancé auprès des élèves. Il est gagné par Lauriane Escaffre, qui faisait partie de l’un de mes groupes de 2ème année en 2003. Le « prix », c’est la réalisation du scénario en question par l’un des profs intervenant à l’Ecole. Lauriane propose mon nom.

On me fait lire le scénario. Je le trouve drôle, mais trop centré sur une histoire de conduite et d’accident de voiture dont je sais que nous n’aurons jamais les moyens de le tourner proprement. Je propose à Lauriane de reprendre son canevas et de le faire évoluer en drame psychologique centré sur le personnage féminin, qu’elle souhaite interpréter. Je lui propose aussi de tenter une expérience qui me démange de longue date, très exactement depuis que j’ai vu Irréversible de Gaspar Noé : demander aux acteurs d’improviser les dialogues intégralement.

Casting rapide au sein de l’Ecole. Nous embauchons François de Brauer pour jouer le méchant frère, Paul Wrobel pour le petit copain désastreux et Renée Gincel pour jouer la mère indigne. Martin Le Gall, mon opérateur sur La tentation de croire et Le plaisir d’exister, participe à l’aventure, ainsi que Julie Lecœur, ancienne de l’Arca Haute-Normandie, qui sera mon assistante et la régisseuse en chef. La maquilleuse Elodie Henry, que j’ai rencontrée sur Star du Futur, nous accompagne, et Damien Chardonnet-Darmaillacq sera notre ange gardien (et le jeune homme de la fin).

Nous tournons le film en 4 jours dans la maison de famille de Lauriane, avec une PD150 et ma vieille VX2000, et un seul micro HF. Pas question de massacrer le Jeep Cherokee familial, l’accident sera donc très stylisé… Lauriane affronte crânement le total contre-emploi que je lui ai proposé, puisqu’on peut tout se permettre. Et effectivement, pas une ligne de dialogue n’aura été écrite, tout ce qu’on entend sort spontanément de la bouche des acteurs, sur le canevas précis que nous nous étions donné.

Je monte le film seul, dans la foulée, en deux semaines. Aucune contrainte de production : je choisis mes musiques sans vergogne. Dès l’écriture, j’avais décidé que l’énorme Détruis-moi du groupe français Eths servirait de fil conducteur, propulsé par les rugissements inouïs de leur chanteuse Candice – je suis un fan de Death Metal. Pour le reste, je complète avec Brian Eno, The For Carnation (groupe obscur d’ex-membres des fabuleux Slint) et Philip Glass pour la fin.

En bref : on s’est bien amusé. L’occasion de faire quelques expériences formelles sans prétention. Le film ne sera pas exploité, ni même projeté à l’Ecole. Sa fabrication était en elle-même sa propre justification.