Les Vedettes de Cherbourg

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Etrange histoire… Le 5 janvier 2009, tandis que je patauge entre le Cours Florent, l’écriture des « Bas-fonds » et les finitions compliquées de « Corps Etrangers », Antoine Martin me parle d’une idée qu’il a eue avec un ami producteur de Rennes, Jean-François Le Corre. Il joint à son message un lien vers une vidéo : un extrait de l’émission « Droit d’inventaire » diffusée en 2008 sur France 3 et consacrée aux relations franco-israéliennes. En 7 minutes, tout est dit sur une affaire qui a défrayé la chronique à Noël 1969 : les vedettes de Cherbourg.

Antoine et Jean-François, avec le soutien de Michel Chiche, qui dirige encore l’antenne de France 3 Normandie à l’époque, ont imaginé un « docu-fiction » sur le sujet, à la manière des « Rendez-vous avec X » de Patrick Pesnot sur France Inter, s’appuyant sur le fait qu’une des vedettes serait encore à Cherbourg (ce qui s’avèrera faux) et permettrait d’envisager des reconstitutions… Antoine sait que la fiction me démange à nouveau, surtout depuis « Le passé recomposé ».

Mais voilà, cette affaire de vedettes ne m’intéresse pas du tout ! Je ne vois pas quoi faire avec ça, ni comment délayer sur 52 minutes une histoire dont il faut moins de 10 minutes pour faire le tour. Antoine insiste, mais rien à faire, je décline la proposition (Jean-François Le Corre me proposera finalement un autre projet beaucoup plus intéressant, qui deviendra « Choisir son camp », malheureusement toujours ajourné à l’heure où j’écris ces lignes).

Antoine et Jean-François ne vont pas lâcher le morceau pour autant. Bertrand Schmit, réalisateur des « Tankers en plein ciel », est approché. Il propose d’inventer un personnage de fiction pour corser le contenu (dont tout le monde convient qu’il est un peu mince) : un espion retraité, reconverti en pianiste de bar. Michel Chiche refuse le concept, considérant que, vu l’âge des témoins survivants de l’affaire, le film va ressembler à une collection de conversations entre vieillards…

Exit Bertrand Schmit. Entre en scène Christine Bouteiller, qui se lance sabre au clair dans la scénarisation en proposant de rajeunir le personnage de l’enquêteur, et de le féminiser : elle s’appellera May, dessinatrice de BD, lointaine cousine de Lisbeth Salander (l’héroïne de « Millenium »). Christine lui invente même une grand-mère espionne, sorte de Mata Hari en retraite qui aurait eu un rôle à jouer dans l’affaire des vedettes, afin d’ajouter une dimension de quête personnelle à son personnage d’enquêtrice. Un co-réalisateur est contacté pour la partie fiction, Atisso Medessou. Il est question d’intégrer dans le film des séquences d’animation pour pallier aux manques d’archives, et capitaliser sur le savoir-faire dans ce domaine de Vivement Lundi !, la société que dirige Jean-François.

Olivier Guiton de France 3 National est séduit par le concept, mais doute du parti-pris consistant à inventer un personnage de fiction interférant dans l’histoire réelle (la fameuse grand-mère).

En décembre 2010, sans attendre l’accord définitif de France 3, Antoine envoie en Israël Christine et Justin Lecarpentier, un jeune historien de Cherbourg qui vient de consacrer une thèse à l’affaire, accompagné du chef opérateur Georges Diane, pour filmer l’ancien secrétaire général de l’ambassade d’Israël à Paris, Avi Primor, et l’un des commandants des vedettes de Cherbourg, Moshe Tabak. Quelques scènes additionnelles sont filmées avec Justin au Musée de la Marine et dans les rues d’Haïfa.

Au retour, ça tergiverse. France 3 signifie son désaccord sur la ligne éditoriale, et souhaite un retour à une forme documentaire plus traditionnelle, sans écarter l’animation et le personnage de l’enquêtrice, mais en supprimant toutes les questions ayant traits à ses enjeux personnels. Début mars, Atissou Medessou décide brutalement de quitter le navire, suivi par Christine Bouteiller qui n’envisage pas de réaliser le film toute seule.

Antoine se tourne alors… vers moi. Nous avons renoué professionnellement parlant quelques mois plus tôt, avec la mise en chantier de « La beauté du geste ». Je suis en plein tournage. L’affaire des vedettes de Cherbourg ne m’intéresse toujours pas. Mais le projet « Choisir son camp » est en rade, et la perspective d’intégrer un personnage de fiction et des séquences animées est alléchante. Qui plus est, le film m’est annoncé comme le pilote d’une série, tant l’enthousiasme de France 3 semble grand pour le dispositif proposé. Alors je dis « oui ».

Et les problèmes commencent. Il faut ré-écrire un scénario en urgence, à partir des différentes ébauches déjà faites par les équipes successives, et en tenant compte des rushes ramenés d’Israël par Christine. Il faut faire le casting de la comédienne qui interprètera Sasha Maréchal. Il faut contacter les témoins manquants et les filmer dès que possible. Il faut réunir une équipe et préparer le tournage de la partie « fiction » en studio à Rennes et en extérieur à Cherbourg et Saint-Lô. Il faut surtout mettre en branle le lourd processus de fabrication de l’animation. Et l’argent du développement ayant déjà été dépensé, je n’aurai pas d’assistant…

Ina Mihalache est sélectionnée pour le rôle et cooptée avec enthousiasme par Dana Hastier et Olivier Guiton de France 3 lors de l’unique réunion de validation prévue en mai avant le tournage. Début juin, nous filmons le journaliste Guy Mabire au Café de Paris (haut-lieu de gastronomie cherbourgeoise) grâce à l’entremise de Justin, ainsi que Marcel Lejoly, ancien chef d’atelier des Constructions Mécaniques de Normandie, où furent conçues et assemblées les vedettes. Mais impossible de mettre la main sur un témoin-clé, René Moirand (qui, nous l’apprendrons plus tard, vient de changer d’adresse et a oublié son portable dans sa résidence secondaire), au point que nous le croirons décédé (!), et je suis contraint d’achever l’écriture du scénario sans avoir pu le rencontrer. Il ré-apparaît in extremis quelques jours avant le tournage et je vais le filmer dans son appartement de la porte Maillot, découvrant qu’il est LE témoin-clé de l’affaire et que le scénario devrait être remodelé en conséquence. Mais c’est trop tard. Les storyboards sont faits, l’animation commence à Rennes, et il faut tourner, d’abord à Cherbourg puis dans le studio de France 3 Rennes, les séquences prévues. Le plan de travail est quasiment intenable, il faut travailler 12 heures par jour pour tenter de le tenir. S’ajoutent mes mésententes avec Antoine sur les aspects logistiques de la production, qui pourrissent l’ambiance et manque de nous fâcher pour de bon. L’affaire est mal engagée. Les enjeux narratifs sont complexes, je ne vois pas bien ce qu’il faut privilégier, je sais que le matériau dramaturgique est très mince, le dosage fiction-documentaire-animation n’a pas été correctement posé dans ce scénario écrit trop vite et avec trop de contraintes… Le montage commence à Rennes dans la foulée d’un tournage exténuant et nerveusement éprouvant. Benoit Thibaut est le monteur qui m’a été alloué. Nous faisons connaissance en même temps que nous commençons le dérushage, compliqué par des fausses manœuvres à répétition dues à un technicien lunatique.

Je suis censé passer mes journées sur le montage des Vedettes avec Benoit, et mes soirées sur « La beauté du geste », victime collatérale de mon agenda surbooké, et qui doit être fini en même temps. Mais les soucis continuent. Après un mois de vains efforts, nous ne sommes pas parvenus à une continuité satisfaisante. Je suis contraint de constater que les cinq semaines prévues au contrat ne suffiront jamais pour venir à bout de ce montage. Je remercie Benoit et reprend le montage du film pratiquement à zéro, tout seul. « Privilège » de réalisateur payé au forfait et dont les heures supplémentaires ne pèsent pas sur le budget du film.

Le 11 septembre (tout un programme), un premier bout-à-bout est livré aux commentaires féroces de Dana Hastier, qui doute que nous parvenions jamais à un résultat satisfaisant. Je ne peux pas lui donner tort, même si au niveau du vécu, je passe un sale quart d’heure !

Il me faudra encore un mois de travail acharné, soutenu par mes deux co-producteurs et la foi inébranlable d’Olivier Guiton, pour donner une forme acceptable au montage, et faire mentir un pressentiment persistant depuis le début : cette « Affaire des Vedettes de Cherbourg » présentait toutes les caractéristiques d’un projet maudit. Finalement, tout est bien qui finit bien.

A signaler, le très beau travail de Laurent Lefeuvre, illustrateur de la série, qui détaille le making of de ce premier épisode sur son blog.


19 réponses à Les Vedettes de Cherbourg

  1. Danis Siem dit :

    Quel ne fut pas mon étonnement de voir votre documentaire sur FR3, tranquillement installée devant ma télé hier soir à Oslo! Cela m’a replongée des années en arrière. Et moi qui pensais que cette histoire n’intéresserait plus personne! J’ai/nous avons vécu à Oslo un autre aspect de cette histoire car c’était mon beau-père, Martin Siem décédé en novembre 1996, qui s’était proposé d’aider ses amis d’Israël. Il était alors directeur général du chantier naval de Aker Mekaniske Verksted et avait fait contruire de nombreux bateaux pour la flotte marchande de MM. Meridor et Brenner. Vous l’avez tout à fait incorrectement qualifié de membre de la diaspora: il était Norvégien de vieille souche et Luthérien de confession. Il avait beaucoup d’humour et le culot d’un résistant de guerre. Cet histoire lui correspondait bien.

  2. JEANNE dit :

    Bonjour,

    Commentaire de simple spectateur que je suis: je viens de visionner votre documentaire, le sujet il est vrai m’intéressait vivement, et je l’ai trouvé très bien: J’ai beaucoup aimé le parti-pris, alterner les interviews des différents témoins et le côté BD et dessins sur tablette graphique, franchement, j’ai apprécié le concept. Certes, la présence de P. Pesnot, que j’écoute tous les samedis sur Inter, a ajouté à mon appétence, mais franchement vous avez réalisé quelque chose de très bien et vos commentaires sur le « making of » que je viens de lire m’ont bien intéressés.

  3. admin dit :

    Très touché par votre commentaire. Merci beaucoup !! OB

  4. admin dit :

    Incroyable ! Merci de vous être manifesté, je suis étonné et ravi de ce télescopage. Pour moi, Martin Ole Siem c’était encore jusqu’à présent une simple photo, maintes fois reproduite dans les médias à l’époque. Très touché par votre message. Bien à vous, OB

  5. PG dit :

    Anciennement affecté à la préfecture maritime à Cherbourg je cherche désespérément à voir votre documentaire après en avoir entendu parlé sur france inter… Pourriez-vous m.indiquer comment je pourrais procéder? Merci d’avance ! PG

  6. admin dit :

    Joignez-moi par mail (obrunet@mac.com), je vous donnerai un code d’accès.
    Bien à vous, OB

  7. Davy dit :

    Saint-Lô, le samedi 24 novembre 2012

    Monsieur,
    Faisant partie des heureux spectateurs qui connurent le plaisir, jeudi soir dernier, de regarder votre splendide film sur grand écran, suivie de vos passionnantes explications – prolongée de surcroît par une plaisante conversation avec votre personne – je viens de lire, avec beaucoup d’intérêt, ce récit à chaud du tournage qui figure bien, à quel point, il s’agit là d’une vaste entreprise artistique, que vous avez la gentillesse de compléter excellemment, d’une manière plus graphique, par le blog de votre compère. Etant donné que votre producteur ne se soucie guère de la sortie en Dvd de vos films, et vu le faible nombre de bandes-annonces qui indiqueront la diffusion d’un programme, non mentionné a fortiori dans les grilles des programmes des journaux en raison de son caractère régional, je vous serai fort gré, Monsieur, d’avoir la courtoisie de m’envoyer un e-mail, en temps voulu, afin de me faire part de la date de sa prochaine diffusion sur France 3, et aussi, la date de la diffusion de sa « suite » sur les exocets de la guerre des Malouines.
    Cordialement, et merci d’avance Arnaud

  8. schmit dit :

    Je tombes par hasard sur votre blog « narcissique » et je suis choqué par le tissus de mensonges me concernant… Bertrand Schmit

  9. admin dit :

    Charmant commentaire. Je crois qu’il n’y a rien de désobligeant dans mon « tissu de mensonges », il peut y avoir des erreurs vu que ce sont des épisodes qui m’ont été racontés, je n’étais pas là, je ne vous connais pas, et vous pouvez rétablir votre vérité si vous voulez, je corrigerai, même si je doute que vous souhaitiez figurer dans mon blog « narcissique ». OB

  10. Michel Volle dit :

    Cher Monsieur,

    J’ai vu cette excellente émission hier soir sur Planète. Elle comporte des innovations formelles très intéressantes !
    Ce serait bien si vous pouviez me donner un accès pour que je puisse la revoir en compagnie de ma femme, qui dormait hier soir.

    Bien cordialement,
    Michel Volle

  11. Adir Krief dit :

    Bonjour, je serai intéressé par voir votre documentaire.

    Merci d’avance,
    Adir Krief

  12. mesnage dit :

    Bonjour , j’ aimerais beaucoup voir votre reportage , residant a cherbourg , c ‘est une histoire de ma ville , merci

  13. nedjma dit :

    cher monsieur,
    j’ai vu récemment votre documentaire sur France 3 et la semaine d’avant l’affaire des missiles exocets et j’avoue avoir été agréablement surprise par le concept de vos films . j »ai beaucoup aimé le côté bd et dessin sur tablette graphique et plein d’autres choses . j’aimerai pouvoir revisionner ce documentaire fiction et pouvoir le faire connaitre à mon neuveu de 17 ans passionné lui aussi par ce genre de film. je vous demande donc de bien vouloir me communiquer le code d »accés et vous dit un grand bravo !!!(même si cela a été très dur d’après ce que j’ai lu), et un grand merci!!! pour ces bons moments.
    cordialement nedjma

  14. Marc HK dit :

    Je serai heureux de visionner votre film…mon père a été l’un des mains de cette belle escapade! Je regrette qu’il ne soit plus la pour le voir.

    Merci d’avance,
    Marc

  15. safrani dit :

    bonsoir,
    Je souhaiterais beaucoup regarder la vidéo. comment peut-on faire?

  16. Christian PIERRE dit :

    Bonsoir,

    J ai raté les 2diffusions de votre doc sur France3.Je comptais lerevoiren replay mais il s n y est pas. Pouvez vous m aider à le revoir?

    En vous remerciant.

    C. PIERRE

  17. Alex JACK dit :

    Bonjour,
    Je souhaiterais avoir la possibilité de visionner ce reportage.

    Merci beaucoup

  18. Rouil dit :

    Bonjour,

    Je travaille pour France 3 à Cherbourg. J’aimerais pouvoir visionner votre docu. Je crois que vous disposez des clefs permettant d’y accéder….Merci d’avance.

  19. Fernagu dit :

    J’habite Cherbourg et m’intéresse beaucoup aux films documentaires. J’aimerais visionner celui-ci. Merci d’avance.

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